Le blues est un cri, un hurlement, d'amour, de souffrance, de peine, de joie, de douleur, de plaisir.
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C'est la vie, et celle de Little Bob, depuis 40 ans, celle d'un rocker qui a toujours payé son tribut au blues. Pour ce deuxième album avec ses Blues Bastards, Mister Roberto Piazza, immigré italien devenu icône du rock français, nous rappelle qu'il a la foi, l'énergie et la motivation de n'importe quel groupe de teenagers !

On ne vous présente plus sa carrière, celle d'un
Rockin' Class Hero qui a savamment et sauvagement mis le feu à toutes les scènes de France et d'Angleterre !
Mais alors, qu'est ce qu'il lui prend à hurler comme ça, Bob ? C'est l'énergie, de l'espoir et du désespoir, celle de l'amour pour sa femme, son public, et la musique, celle du rejet d'un monde de plus en plus inégal et cynique.

Bob, quand il hurle, ce n'est pas n'importe quoi, ni avec n'importe qui. Il envoie des bombes bluesy avec un détonateur rock'n roll jouées avec sa meute, ceux qui ouvrent le disque en affirmant en chœur "We are the Blues Bastards !" et insistant « on ne joue pas pour le diable mais pour vous.»

Et Bob nous embarque pour un petit tour dans sa vie bien remplie, à commencer par sa période 60's quand il jouait en attraction rock'n roll dans les bals avec son premier groupe, les Apaches, celui des copains d'enfance, amateurs mais déjà bien décidés…
Rien n'a changé depuis les débuts, surtout pas Bob, toujours en colère, révolté, solidaire des immigrés d'aujourd'hui, contraints de fuir à travers l'Europe, lui qui est arrivé en France à 12 ans sans parler un mot de français (You Better Run) .

Se battre, redresser la tête contre les mensonges, l'hypocrisie, la démagogie c'est aussi ça le rock'n roll, celui qui vient du blues.
Only Liars, morceau surchauffé à l'indignation, est là pour en témoigner.
Dans le genre énervé il y a aussi ce Dirty Mad
Asshole stonien, où on sent l'influence de Gilles
Mallet, le meilleur riffeur de l'Hexagone. Un vrai brûlot simple et direct qui enverra au tapis ceux qui penseraient que Little Bob ne fait plus de rock'n roll !
Et pour rester branché sur l'électricité, Can't you hear me, ou comment s'en sortir quand on pense avoir tout perdu…des vraies paroles bluesy jouées par une bande mecs avec les doigts branchés dans la prise électrique du studio.
On le dira jamais assez : Little Bob Blues Bastards est un groupe authentique (comme le fût Little Bob Story), avec des types qui ne sont pas là pour faire semblant, comme Mickey Blow harmoniciste killer (ex Stunners, Johnny Thunders…) légende lui aussi d'un certain rock français capable de rivaliser avec les anglo-saxons…et à l'opposé
Bertrand Couloume contrebassiste de formation jazzy roi du swing classieux comme de la distorsion bruitiste.
Bob étant un vrai chef de bande et de famille, on retrouve Jérémie Piazza, son neveu, à la batterie, lui aussi avec un pedigree iconoclaste mais toujours avec la bonne frappe, celle qui tient le morceau et décolle les pieds du plancher.
Et tout ce petit monde prend un vol direct pour l'Afrique sur Kissed by Lighting, histoire d'une rencontre furtive dans le Londres des 70's, le genre d'instant magique et pur…et là le groupe devient incantatoire et revient aux vraies racines du blues, celles d'une musique noire envoûtante et éclatante comme un coup de tonnerre.

C'est le moment d'évoquer une des deux reprises du disque, Blues are brewin de…Louis Arsmtrong ! Oui, vous avez bien lu : Bob reprend du Louis Armstrong ! Et quand on sait que c'est une idée de Gilles Mallet (encore lui) le "frère" de rock de Bob, son compagnon de route depuis 35 ans, celui qui balance une dose d'électricité en continu, on comprend mieux que ces foutus Blues Bastards sont de vrais rockers, libres de leurs choix et aimant par dessus tout la musique rebelle et fière.

A propos de reprise, beaucoup vont sentir un frisson leur parcourir l'échine à la seule évocation de ce titre :
Zig Zag Wanderer ! LE morceau du 1er album de Captain Beefheart, hymne psyché/ garage absolu et entêtant. Là aussi on comprend mieux la relation entre feu Captain, révolutionnaire et partisan d'un blues déviant et Bob s'acharnant à bâtardiser le blues. Gageons que sur scène cela se transforme en orgie sonore, comme "Circumstances" autre reprise du
« Capitaine Cœur de Bœuf et son Groupe Magique » sur l'album précédent des « Bâtards du Blues » (Break down the walls).

On a gardé le plus dur pour la fin. Bob nous attaque droit au cœur, avec deux ballades poignantes dont il a le secret, portées par sa voix à la soul intime et émouvante.

Sleeping in a car ou une tranche de vie malheureusement devenue trop banale, celle d'une femme qui vit dans sa voiture, faute de mieux et faute de "réussite sociale". Et quand Bob chante cette tristesse il donne de l'espoir à cette femme, et lui rend sa dignité.

My Heart is beating vient conclure somptueusement ce nouveau disque. Là, Bob chante sa vie à livre ouvert… Celui de ses années avec Mimie, son amour, sa moitié. Il partage avec nous sa déclaration de tendresse et d'amour pour la femme de sa vie, dans un hurlement intime, bouleversant de sincérité. Une ballade en équilibre sur les sentiments et le fil de sa voix.

I'm Howlin Bob hurle, comme sur ce morceau éponyme, mais avec un sens de la mélodie et de l'adrénaline qui transforme ce hurlement de loup en chant indien, en incantation chamanique, en cri de guerre, en souffle d'amour.

Il y a longtemps déjà, Bob achetait son premier disque, c'était un album d'Howlin Wolf. Aujourd'hui on l'appelle HOWLIN' BOB !
L. Jézéquel